Sans emploi depuis l’incendie, Manon pouvait maintenant se lever plus tard.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais quand je me réveille tôt le matin, j’ai toujours tendance à me rendormir. C’est souvent dans cette phase du sommeil que les rêves les plus farfelus peuvent surgir. Ce qui est moins farfelu, c’est quand ces rêves proviennent directement de la réalité.
C’était un vendredi soir peu avant la rentrée des classes. La température était moins collante que celle des jours précédant. La table 5, toujours située dans le même restaurant, recevait ce soir une famille de 4 personnes. Les deux enfants, visiblement âgés entre 1 et 3 ans, étaient assis d’un côté de la table et les parents, fin vingtaine, de l’autre côté.
La mère est arrivée seule avec les deux enfants. Après avoir tatiné avant des les asseoir un dans une chaise haute et l’autre sur la chaise, Manon arriva pour prendre les commades. Pendant toute la durée de la commande, le plus jeune, le garçon, n’a pas arrêté une seconde de piocher sur la table avec une cuillère. Et l’autre, assise tout juste à côté, donnait des coups de pied à sa mère. Manon prit la commande de Madame et de Monsieur, qui arriva dans le même instant.
Ce qui frappa le plus Manon, c’est le fait que jamais, au grand jamais, la mère ait donné une seconde d’attention à ses enfants, en enlevant la cuillère des mains de son fils ou en demandant à sa fille d’arrêter de la frapper.
Le même scénario se reproduit lorsque Manon vint porter les deux plats. À quoi bon emmener ses enfants au restaurant lorsqu’ils ne commandent rien, étant trop jeunes?!
Le père était en camisole. Les poils des aisselles dépassait. Le tattoo était bien présent sur le bras gauche.
C’est peut-être préjoratif. Les stéréotypes prennent le dessus. Je n’ai rien contre les camisoles. Mais la table d’à côté, le père était habilé chemise et pantalon. Et les enfants étaient sages comme des images.
Peut-être qu’il y a un lien, avec le milieu social-affectif. Sûrement, dans le fond.