Après avoir nettoyé les décombres laissés par l’incendie, Bernard donna une partie du montant donné par l’assurance à Manon.
Se retrouver sans emploi et presque sans le sou, il est plutôt difficile de continuer sa routine. Manon était impliquée profondément dans cette table. Elle y donnait coeur et âme. Elle doit maintenant se résigner à oeuvrer dans un autre domaine. Vous savez, quand on est profondément attachés à un lieu, on y revient tôt ou tard.
Beranrd était catégorique. Il n’aurait plus jamais un restaurant. Le trouble, l’argent, le temps, les embûches, les clients obstinés et le chef capricieux furent de cette expérience enrichissante. Étant toujours propriétaire des lieux, il se consacra à l’immobilier.
Le restaurant fut remodelé. La perte totale proclamée par l’assureur lui avait donné le goût de repartir sur de nouvelles bases. Un grand appartement avec vue sur les caricaturistes place Jacques-Cartier. Un 7 1/2. La pancarte tronaît sur le devant du balcon. L’appel du premier locataire ne se fut attendre.
Revenons à nos moutons. À ce que je sache, le titre de cette chronique s’appelle toujours table 5.
Le table tronaît dans le milieu de la salle à manger. Elle avait fière allure. Elle était fière, présente et symbolisait la force, la résistance. Après tout, elle avait résisité à un incendie. Elle dépeint du style de la pièce, certes, mais ses gravures et sa rose-des-vents au milieu étaient passe-partout.
Comme on dit, table5 un jour, table 5 toujours. Même si cette table ne porte plus vraiment ce numéro, même si les invités ne changeront pas aussi souvent que dans un restaurant, même si aucune serveuse ne se pointera à cette table, Table 5 restera qui elle est.
Table 5 est l’hôte d’événements aussi particuliers soient-ils. Table 5 est l’hôte d’invités, même si ceux-ci sont chez eux.
Table 5 vous revient.
Perte totale : Pour Manon, qui perd son emploi et sa passion.
Pour Bernard, au sens propre de la chose.
Pour les invités, qui perdent leur lieu de recueillement.
Pour la table, qui perd sa joie de vivre, mais qui le retrouvera bien assez vite.
L’article devait s’appeler À louer, mais j’ai changé d’idée. Ça parle moins.