Denise et Sophie, nos habituées du vendredi midi, sont fidèles au poste… ou bien fidèles aux portes.

Leur entrée, signalée par les ricanements de Denise et le silence de Sophie, s’est faite pour la dernière fois.

 

C’était vendredi. Il faisait beau. Un soleil tapant et une chaleur collante se faisaient sentir sur la place Jacques-Cartier. L’air climatisée de la table 5 ne serait pas de trop.

Étant sur leur heure de dîner, Denise et Sophie sont toujours un peu pressées. Bien que leur bureau soit situé à moins de deux rues de ce restaurant, il ne fallait pas trop tarder avec ces deux placotteuses.

Après avoir commandé leurs plats habituels, il ne fut que quelques secondes avant que les dents de la fourchette ne fracassent la dent de Denise.
PACLAWWWW!!!

La dent a revolé dans le pichet d’eau. Nos compagnes ont dû mettre en suspens leur heure de lunch quelques minutes, afin d’éponger le sang et de reprendre leurs esprits.

Cela ne faisait que commencer. Après être revenue à leur table, Denise a dû garder la bouche fermée, pour une fois. Sophie gisait toujours sur la chaise.

L’humeur de Capitaine Denise étant déjà à fleurs de peau, il en fit de peu pour réveiller le monstre bien présent.

La phrase fétiche de Denise était « Je dérange, mais dérange-moé pas. » Alors, si les voisins sont dérangeants, notre amie ne se gène pas vraiment pour leur faire sentir.

Vous connaissez, les côlons? Oui, cette espèce animale étant un peuconne. Et bien, ils sont partout, même dans les restaurants aux apparences les plus tranquilles.

Ils criaient, les côlons. Ils criaient fort, les côlons. Ils chantaient, les côlons. Ils mangeaient trop, les côlons. Ils dérangeaient, les côlons. Denise était déjà sortie de ses gonds. Un pichet d’eau dans le front, c’est pas si mal pour dire à un côlon d’arrêter de crier. Le message passe généralement assez bien. C’est en fait ce qui s’est passé. Denise trouvait ça drôle. Les côlons un petit peu moins.

Ils faillaient bien ques les côlons lui rendent la pareille. Le seul élément qui pouvait potentiellement faire du tord était une petite bougie, éteinte, qui gisait au milieu de la table. Le côlon sortit son lighter et alluma la bougie. Un feu de napkins, c’est joyeux. Mais un peu moins pour Denise et un peu plus pour Sophie.

 

La pancarte du restaurant avait éteint son No du No Vacancy. La table 5 du vendredi midi était restée déserte le vendredi suivant. Et le suivant, puis l’autre et pour toujours.

Les lunchs avaient fait leur apparition dans leur petite vie.